Article Brainwood Studio · Toulouse

Sofia Brainwood sort son premier album — co-créé de A à Z avec l'IA

Il y a six mois, je vous présentais Sofia Brainwood, ma chanteuse virtuelle Folk-Pop créée entièrement avec l'IA. L'article a suscité des réactions — des échanges en formation, des questions lors du Printemps du Numérique, où j'ai animé une conférence de 45 minutes sur le sujet devant une quarantaine de participants.

My Blue Hours vient de sortir. Quatorze chansons. En anglais. Dans un style que personne n'avait vu venir — y compris moi.

Cette fois, j'ai envie de vous raconter non seulement ce qu'on a créé, mais surtout comment on l'a créé. Parce que même quand on enseigne l'IA au quotidien, rien ne remplace l'expérimentation sur un vrai projet.

Le virage inattendu : du Folk-Pop au Jazz acoustique

Tout a commencé par une curiosité. Avec Suno 5.5, j'ai lancé un prompt Jazz un soir, juste pour voir. Ce qui est sorti n'avait rien à voir avec les générations précédentes : un vrai son de contrebasse acoustique, des silences qui respirent, une chaleur de timbre que je n'avais jamais obtenue en Folk-Pop.

En une écoute, c'était décidé. Sofia allait changer de registre.

Ce qui m'a surpris ensuite : certains de mes anciens titres Folk-Pop existaient déjà, avec leurs paroles, leurs histoires. J'ai eu l'idée de les refaire en version Jazz. Mêmes mots, même histoire — mais le ressenti à l'écoute est complètement différent. Là où la version Folk était directe et lumineuse, la version Jazz devient plus intérieure, plus suspendue. C'est fascinant de voir à quel point l'habillage musical transforme l'émotion d'un texte.

Mais générer des chansons, c'est la partie facile. Construire un album — avec une cohérence, un arc émotionnel, un début et une fin — c'est une autre histoire.

Claude Cowork : un vrai partenaire de création

Pour ce projet, j'ai travaillé principalement avec Claude Cowork, l'outil d'Anthropic en mode bureau. Au départ, je m'attendais à un assistant qui exécute. Ce que j'ai eu, c'est quelque chose de plus proche d'un directeur artistique avec qui on discute.

L'ordre des chansons — ou comment construire une soirée : Mon idée de départ — alterner chansons calmes et dynamiques pour éviter la monotonie. C'est Claude Cowork qui a proposé autre chose — analyser les paroles de chaque titre pour construire un vrai parcours narratif. Une soirée complète, avec un début, un milieu et une fin.

On a structuré l'album en quatre actes : ouverture (titres 1-3), construction (4-7), le cœur (8-11), résolution (12-14). L'album se tient comme un tout, pas comme une suite de chansons.

Le moment où j'ai dû appeler Gemini : J'avais besoin d'une analyse sonore précise des chansons. Problème — Claude ne peut pas écouter de la musique. J'ai donc fait appel à Gemini, qui a décrit la voix de Sofia comme proche de Norah Jones ou Melody Gardot, parlé de "Vocal Jazz-Pop et Folk-Acoustique", de contrebasse organique, de silences habités.

Ce moment illustre quelque chose d'important : travailler avec l'IA aujourd'hui, c'est orchestrer plusieurs outils, chacun avec ses forces et ses limites. C'est le chef d'orchestre humain qui fait la synthèse.

L'identité visuelle : 14 prompts, un univers cohérent

On a défini un style graphique commun — digital painting, éclairage chaud/froid en split, brushstrokes visibles, zéro photoréalisme — puis créé un prompt visuel spécifique pour chacune des 14 chansons.

Résultat : l'univers de Sofia est cohérent d'un bout à l'autre de l'album. On reconnaît immédiatement la même palette, le même traitement, la même Sofia.

La pochette — et mon libre arbitre : Deux options se distinguaient parmi les concepts — une vue depuis un club de jazz, très cinématographique, que Claude privilégiait — et un portrait illustré de Sofia, visage coupé en deux, moitié chaude dorée, moitié froide bleue. J'ai gardé le portrait. Parce qu'il me touchait plus. Point.

L'IA m'a aidé, conseillé, proposé des angles. Mais le ressenti final, c'est le mien. Et c'est peut-être ça, la vraie définition du "human in the loop".

Du design au code : le site est en ligne

Pour la refonte visuelle, j'ai utilisé Claude Design — une Research Preview d'Anthropic. Pour la partie technique, c'est Claude Code qui a pris le relais : lecteur audio natif intégré, SEO structuré, ensemble technique solide. Tout ça sans avoir écrit une seule ligne de code moi-même.

Chaîne créative complète
Suno 5.5 Création musicale
Gemini Analyse audio et visuels (Gemini Flow / Nano Banana)
Kling.ai / ElevenLabs Clips et synchronisation labiale
Claude Cowork Stratégie, éditorial, textes
Claude Design Design du site
Claude Code Développement et SEO
Distrokid Distribution sur les plateformes

Chaque outil a sa place. Aucun ne fait tout. Et c'est moi qui coordonne.

My Blue Hours — l'album

My Blue Hours est un vrai album. Quatorze chansons pensées dans l'ordre, avec une progression émotionnelle voulue.

Il commence avec Toulouse — une lettre d'amour à la Ville Rose. Il y a Grand Hôtel d'Orléans, une romance d'un soir dans un vrai hôtel toulousain, en duo avec Mateo Reed. You Don't See Me, peut-être le titre le plus fragile — aimer quelqu'un qui ne vous voit pas. Et Not Artificial en dernier, un manifeste.

Je crée cette musique pour moi. Si je ne ressens rien en écoutant un titre, je ne le garde pas. Et si les gens qui écoutent My Blue Hours ressentent quelque chose — alors ils oublieront que c'est une IA, et ils se concentreront sur la musique. C'est exactement ce qui doit arriver.

L'IA musicale : tout dépend de comment on l'utilise

Pendant que je travaillais sur cet album, deux affaires ont mis en lumière ce que l'IA musicale peut avoir de pire : Sienna Rose, chanteuse virtuelle créée dans une opacité totale avec plagiat de voix réelles, et Murphy Campbell, musicienne dont la voix a été clonée à son insu pour créer de fausses versions de ses propres chansons.

Ces cas illustrent des problèmes réels et graves : vol de voix, opacité, utilisation du droit d'auteur comme arme contre les artistes eux-mêmes.

Mais aucun de ces cas ne ressemble à Sofia Brainwood. Sofia est transparente depuis le premier jour. Le projet a une vocation pédagogique. Et je ne cherche pas à concurrencer les artistes — je crée la musique que j'aurais envie d'écouter et que je n'aurais jamais pu faire autrement.

Il y a un monde entre des usages prédateurs de l'IA musicale, et une démarche créative personnelle, transparente et assumée.

Ce que ce projet m'a appris

L'IA n'est pas un outil qui remplace la créativité. C'est un outil qui démultiplie la créativité — à condition d'apporter la vision, la direction et le goût. Sans intention humaine, on génère du contenu. Avec intention, on construit un projet.

Si vous avez des questions sur la chaîne créative, les outils, ou les limites de l'exercice : les commentaires sont ouverts.

Sofia Brainwood — My Blue Hours · Brainwood Studio · 2026